ENTRETIEN AVEC KHADRO-LA
Octobre – Décembre 2012

Khadro-la enseignant à Maitripa College, Oregon, Etats-Unis, juin 2012. Photo de Marc Sakamoto.
Par une fraîche soirée d’été à Portland, en Oregon, environ 200 personnes très enthousiastes se sont rassemblées au Maitripa College pour écouter Khadro-la donner son premier enseignement aux Etats-Unis. La pièce comble vibre de curiosité et d’impatience à l’idée d’écouter une femme lama enseigner, une occasion si rare dans le bouddhisme tibétain. Elle s’assoit sur un trône bas entouré de fleurs, Lama Zopa et Yangsi Rinpoché assis de chaque côté. Avant même qu’elle ne commence, son humilité manifeste et son rire juvénile et pétillant détendent et allègent l’atmosphère. Comme Khadro-la le dit au début de son enseignement, c’est pour la plupart des personnes présentes leur première rencontre avec elle dans cette vie. A la fin de la soirée, le sourire et la chaleur de Khadro-la ont conquis tout le monde. Quand elle sort, le public s’attarde comme pour savourer ce bien-être, tous espèrent la revoir rapidement.
“Sa Sainteté le Dalaï Lama est à l’origine du bonheur de tous les êtres” avait déclaré la veille le directeur spirituel de la FPMT, Lama Zopa Rinpoché, au cours de son enseignement au Maitripa College. “La responsabilité de Khadro-la est d’être au service de Sa Sainteté. Elle est venue du Tibet pour cela. Vous savez, sans elle, je pense que nous connaîtrions une époque très difficile.”

Rangjung Neljorma Khadro Namsel Drolma (Khadro-la) à l’Institut Lama Tzong Khapa à Pomaia, Italie, juillet 2012. Photo de Piero Sirianni.
Rangjung Neljorma Khadro Namsel Drolma est le titre officiel de Khadro-la, “Rangjung Neljorma” étant le nom que Sa Sainteté lui a donné et qui signifie “yogini naturelle spontanément manifestée”. La communauté internationale de la FPMT a fait la connaissance de Khadro-la grâce à un entretien avec Vén. Roger Kunsang, assistant de Lama Zopa Rinpoché et président-général de la FPMT, paru dans le magazine Mandala de janvier-mars 2009, intitulé Entretien avec une dakini. Dans cet entretien, Khadro-la nous fait part des incroyables difficultés qu’elle a rencontrées lorsqu’elle a quitté le Tibet et est devenue une réfugiée. Elle y raconte aussi les nombreux obstacles qu’elle a dû surmonter à son arrivée à Dharamsala, en Inde, chaque fois qu’elle essayait de rencontrer Sa Sainteté le Dalaï Lama. Depuis la parution de l’entretien de 2009, les étudiants de la FPMT ont pu voir des photos de Khadro-la avec Lama Zopa Rinpoché et Dagri Rinpoché, célébrant des poujas et visitant les sites sacrés de l’Inde et du Népal. C’est l’aide qu’elle procure à Lama Zopa Rinpoché depuis qu’il a manifesté son AVC en 2011, et aussi son rôle d’oracle pendant l’initiation de Kalachakra donnée par Sa Sainteté à Bodh Gaya, en Inde, en janvier qui l’ont fait connaître.
Jusqu’à récemment, seuls quelques centres de la FPMT avaient organisé des enseignements publics avec Khadro-la, comme le Centre Lobsang Dragpa en Malaisie ou le monastère Nalanda en France. Pour le plus grand bonheur des étudiants de la FPMT, Khadro-la a entrepris un voyage depuis Dharamsala où elle vit, faisant étape dans plusieurs centres de la côte ouest des Etats-Unis en juin 2012, avec Lama Zopa Rinpoché [voir p. 54 de l’édition anglaise]. Puis, en juillet, Khadro-la est allée en Espagne, en Italie et en Suisse et a donné des enseignements publics dans les centres de ces pays. En août, elle a conduit sa deuxième retraite au monastère Nalanda. Beaucoup d’autres centres de la FPMT l’ont invitée à enseigner et espèrent la recevoir dans le futur.
Au cours de sa visite au Bureau International de la FPMT à Portland, en juin, Khadro-la a accordé un deuxième entretien au magazine Mandala. La rédactrice en chef, Laura Miller, a invité Khadro-la à évoquer sa connexion avec Lama Zopa Rinpoché et son service auprès de lui, à donner des conseils aux pratiquantes et à partager ses idées sur le développement de la FPMT. Nous publions cet entretien avec le souhait que beaucoup se sentent inspirés par l’engagement sincère et profond de Khadro-la envers Sa Sainteté le Dalaï Lama et la diffusion du Dharma.

Lama Zopa Rinpoché et Khadro-la circumambulant le stoupa du Grand Eveil à l’Institut Vajarapani, Californie, juin 2012. Photo de Vén. Thubten Kunsang.
Mandala : Comment avez-vous fait la connaissance de Lama Zopa Rinpoché. Et pouvez-vous nous parler de votre connexion avec Rinpoché et de votre service auprès de lui ?
Khadro-la : Je ne me rappelle pas exactement l’année, mais c’était autour de 1996 ou 97 quand je suis partie en pèlerinage. J’ai rencontré une femme nommée Maria, c’est elle qui a été la première à me parler de Lama Zopa Rinpoché. Puis, ensuite, j’ai rencontré Dagri Rinpoché. Par son intermédiaire et d’autres, j’ai été de plus en plus connectée. J’ai eu une audience auprès de Sa Sainteté le Dalaï Lama. A cette époque, je pense que Rinpoché travaillait sur le projet de la statue de Maitréya [connu sous le nom de Projet Maitréya]. Sa Sainteté m’indiqua que si je pouvais faire quoi que ce soit pour Rinpoché et ce projet, je devais alors le faire. C’est ainsi que je rencontrai Lama Zopa Rinpoché pour la première fois. J’ai immédiatement senti que Rinpoché était une personne qui accomplissait de véritables actions de bodhisattva et j’ai développé un profond sentiment de dévotion.
De plus, j’avais entendu dire que Rinpoché finançait les repas des moines au monastère de Séra Djé [par l’intermédiaire du Fonds pour les moines de Séra Djé]. Je pus ensuite constater que ce n’était pas de simples ouï-dire mais une action bien réelle. C’est plutôt un grand monastère. Les moines y préservent le Dharma et les lignées et je suis vraiment très touchée par de telles actions. Au fur et à mesure que j’ai appris à connaître Lama Zopa Rinpoché, j’ai pu aussi constater que Rinpoché est quelqu’un dont la foi en Sa Sainteté le Dalaï Lama est totale, qui croit fermement en lui et lui apporte un soutien inconditionnel. »
Ces choses également m’ont beaucoup rapprochée de Rinpoché.
A un moment, Lama Zopa Rinpoché m’indiqua qu’il souhaitait que je rende visite à certains centres en Asie. Je suis allée demander à Sa Sainteté ce qu’il pensait de ce projet et Sa Sainteté m’a répondu : “oui, allez-y”. A partir de ce moment, j’ai commencé à me rendre dans des centres ici et là. En voyant ces centres, j’ai réalisé à quel point Lama Yéshé et Lama Zopa Rinpoché étaient réellement bons et bénéfiques pour tous les bouddhistes. Et pas seulement cela, ils ont fondé beaucoup de centres dans le monde entier. J’ai réalisé que la FPMT était l’une des organisations qui avait le plus de centres de bouddhisme tibétain dans le monde.
Quand les gens entrent en contact avec les centres de la FPMT, cela leur donne la possibilité de purifier et de pratiquer. Cela procure de grands bienfaits. Pour Lama Zopa Rinpoché, le but d’avoir tous ces centres et projets est que les gens puissent rencontrer le Dharma.
Grâce à la bodhicitta de Rinpoché, même s’ils ne peuvent pas pratiquer, les gens peuvent entrer en contact avec le Dharma ou d’une certaine manière en faire l’expérience. Pour réaliser le but ultime de l’éveil de tous les êtres, Rinpoché travaille sans relâche à créer des occasions pour tous les êtres en construisant des objets saints ici et là et en fondant des centres. Et tout cela pour que les étudiants et les autres puissent accumuler des mérites grâce au contact avec des objets saints et les enseignements du Bouddha.
Une personne comme moi ne peut appréhender l’immensité de l’esprit de bodhisattva de Lama Zopa Rinpoché. Ce sont seulement les qualités les plus visibles de cet esprit que je peux voir. Grâce à toutes ces actions vastes que Lama Zopa a faites, j’ai ressenti une connexion spéciale avec Rinpoché et j’ai décidé que quoi que je puisse faire pour servir Rinpoché, dans toute la mesure de mes capacités, je suis heureuse de le faire. Même si, pour ma part, je ne connais pas grand-chose et ne suis peut-être pas capable d’aider beaucoup.
Mandala : Quel est votre sentiment sur l’évolution de la convalescence de Rinpoché depuis qu’il a manifesté son AVC et qu’est-ce qui l’aide dans ce domaine ?
Khadro-la : Lama Zopa Rinpoché a manifesté cet accident cérébral mais, à l’intérieur, Rinpoché ne se soucie pas d’être soigné et de se rétablir. Son état d’esprit est très calme et vaste. Les actions auxquelles il pense ne concernent pas sa guérison personnelle immédiate.
Quand j’ai entendu parler de l’AVC de Rinpoché, j’ai eu la sensation ou la vision que quelque part vers le cou de Rinpoché (Khadro-la indique d’un geste le haut de la nuque) il y avait une sorte de blocage dans le passage du sang. C’est comme si le vent (l’énergie subtile) s’arrêtait, provoquant un arrêt du flux sanguin.
La médecine moderne ne semble pas pouvoir apporter un bienfait immédiat à Rinpoché pour l’instant. Chaque fois qu’il y a un obstacle au niveau de la résistance physique de Rinpoché ou de sa capacité à faire de l’exercice, quelqu’un peut l’aider avec un massage ou pour exécuter son mouvement et cela peut être très profitable. Rinpoché ne fait pas beaucoup d’exercice physique. (Khadro-la rit.) Ce n’est pas toujours facile d’amener Rinpoché à faire de l’exercice.
Mandala : Accepteriez-vous de parler des enseignements que vous donnez aux pratiquantes ? Par exemple, des enseignements ayant à voir avec la confiance en soi ?
Khadro-la : D’une façon générale, quelles que soient votre pratique ou vos actions, que vous soyez un homme ou une femme, cela ne fait pas vraiment de différence. Quand vous parlez de courage et de confiance en soi, il y a beaucoup de niveaux mais ce qui est le plus important c’est de voir la réalité telle qu’elle est. Alors, du fait de cette expérience (de reconnaître la réalité ultime des situations), on peut faire l’expérience de la confiance en soi.
Développer la capacité de voir la réalité peut être d’une grande aide pour les femmes, qui sont plus sensibles aux expériences –bonnes ou mauvaises- et plus aptes à reconnaître les sentiments en elles-mêmes et chez les autres. Je pense que les femmes ont plus facilement un sentiment de compassion et de proximité et qu’elles sont plus à l’aise avec les émotions. Il y a également le fait que les femmes rencontrent des difficultés différentes dans leur vie et que leur système nerveux est peut-être organisé un peu différemment. Mais en ce qui concerne la capacité d’éliminer la souffrance et de pratiquer le Dharma, je sens et je pense qu’il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes. Principalement en raison de la nature même de notre esprit qui est claire et pure. Elle est la même pour les hommes et les femmes, il n’y a pas de différence. C’est pourquoi, la pensée d’auto-chérissement enracinée dans l’ignorance est exactement la même pour les hommes et les femmes. Pour éliminer la souffrance temporaire et permanente, nous avons tous besoin de recourir à notre sagesse. Je pense qu’en termes de sagesse, les femmes ont besoin de développer une vision plus fine et plus claire de la façon dont les choses existent réellement.
Si la femme a été regardée de haut dans le passé, c’est un phénomène culturel. En particulier dans certains pays ruraux et plus petits [ou économiquement moins développés], il y a beaucoup de discrimination. Dans ces cultures où les femmes sont considérées comme inférieures, il s’agit d’une grande erreur et d’une manière de penser erronée. La personne capable de penser à court comme à long terme –en gardant à l’esprit l’objectif de percevoir exactement la façon dont les choses existent en réalité- comprend qu’il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes ou quoi que ce soit d’autre. Nous ne devrions pas nous sentir découragées en tant que femmes. Nous ne devrions pas penser que nous ne pouvons rien faire. Votre capacité ou non de faire quelque chose relève de votre sagesse, de votre propre sagesse. Si nous utilisons la sagesse correctement, alors nous pouvons tout faire.

Khadro-la en train de rire pendant l’enseignement au monastère de Nalanda, France, août 2011. Avec l’aimable autorisation du monastère de Nalanda.
Mandala : Avez-vous un conseil ou des idées sur la façon dont la FMPT peut se développer dans le futur ?
Khadro-la : La plupart des gens qui dirigent la FPMT sont des personnes très érudites et très instruites. Contrairement à quelqu’un comme moi, elles ont eu accès à toutes sortes d’occasions. En tant que simple femme tibétaine, qui n’a pas reçu beaucoup d’instruction et qui a étudié moins que les autres, il ne me paraît pas tellement approprié de donner des conseils à la FPMT. En même temps, puisque vous le demandez, j’ai vraiment envie de dire ce que je pense en toute sincérité.
Tout d’abord, l’existence de la FPMT et de ses centres est très, très importante. Les gens associés aux centres de la FPMT en tirent des bienfaits pour eux-mêmes, mais les centres profitent aussi aux autres en leur donnant la possibilité d’entrer en contact avec le bouddhisme de sorte que finalement il leur est possible d’atteindre l’éveil. Si nous considérons les centres sous cet angle, sans aucun doute ils aident les êtres à obtenir plus de bonheur.
Dans la plupart des cas, les gens pensent qu’ils sont bons et qu’ils essayent d’être bénéfiques ou utiles aux autres, ils ne pensent jamais qu’ils sont mauvais et qu’ils essayent de faire du mal aux autres. Les gens veulent se voir comme bons. Pour vraiment être un bon être humain, la première qualité qu’une personne doit avoir c’est l’honnêteté. Pour être honnête, il ne faudrait pas être extrêmement proche ou dépendant de quelqu’un, tout en cherchant à garder les autres à distance. Vous devez avoir de l’équanimité. Puis vous devez regarder la réalité et la voir telle qu’elle est. Grâce à cela, vous devenez plus honnête et plus fiable.
Il n’existe pas de limites au développement des qualités d’un bon être humain présentes en nous. Nous pouvons toujours nous améliorer. Après tout, en tant que bouddhistes du mahayana, notre objectif, notre but ultime, est d’atteindre l’éveil pour être bénéfique à tous les autres êtres. Particulièrement pour ceux qui sont dans les centres bouddhistes, cela devrait être le but principal. Si nous sommes trop impliqués dans la recherche de profits temporaires –juste pour cette vie ou dans l’intérêt de cette vie- ce ne sera pas très bon. Si vous pensez juste à un profit personnel quand vous êtes dans un centre bouddhiste, il s’agit d’une motivation incorrecte. Cela n’apportera rien. Au lieu d’aider, cela peut être néfaste à long terme.
De plus, nous devons nous souvenir de la bonté de nos maîtres. Si quelqu’un vous donne des tonnes d’argent, des millions de dollars, ou bien si quelqu’un vous donne une transmission, du mantra de mani par exemple, pour nous bouddhistes, la transmission du mantra est plus bénéfique, c’est un acte d’une plus grande bienveillance. Les étudiants, et tous les autres, ont besoin de se rappeler cela. L’organisation reconnaît également avec précision ce qu’est le refuge et qu’il existe différentes formes de refuge, extérieur, intérieur et secret. Si vous comprenez vraiment bien cela, il en découlera beaucoup de bienfaits pour tous.
Toute expérience désagréable de souffrance endurée par quelqu’un provient d’actions négatives du corps, de la parole et de l’esprit survenues dans le passé. A partir d’une action donnée, on récolte un résultat. Si nous avons accumulé des actions positives par le corps, la parole et l’esprit dans une vie passée, nous vivons des expériences positives dans cette vie-ci. De plus, au moyen des portes du corps, de la parole et de l’esprit, nous atteindrons l’éveil suprême grâce à nos actions positives. Si l’on veut comprendre le Dharma, il faut aller en profondeur. Le bouddhisme qui vient du Tibet, et à l’origine venu d’Inde, est comme un joyau –un joyau qui exauce les souhaits- qui peut profiter à tous dans le monde. Aussi, regardez votre esprit et regardez la réalité. Puis, à partir de là, pratiquez en fonction. Ceci est particulièrement vrai pour le bouddhisme ; c’est une vue inhabituelle pour les autres pratiques.
Quand nous recevons un enseignement dans un centre, ça ne devrait pas être comme si on lisait un journal. Nos pensées de chérissement excessif de soi, que nous avons tous, ne sont pas faciles à maîtriser. C’est pour maîtriser cet esprit sauvage, indompté, que nous recevons des enseignements, que les maîtres donnent des enseignements. Même si vous comprenez tout le sentier d’une manière générale, l’essentiel est d’intégrer les enseignements que vous avez reçus, tous et de toute nature, à votre pratique de tous les jours, de sorte que les enseignements ne font plus qu’un avec votre esprit. Si vous ne faites pas cela, vous ne développez que l’aspect intellectuel et il manque quelque chose à votre pratique. Vous devez le respect à la personne qui vous donne les instructions du Dharma et vous devez suivre les conseils qu’il ou elle vous donne. Cela nous aide à maîtriser notre esprit.
Bien sûr, il y a parfois des exemples de maîtres qui peut-être donnent des enseignements et que ces enseignements soient davantage des enseignements mondains. Ou que le maître ne pratique pas ce qu’il dit ou qu’il ne soit préoccupé que de choses matérielles. Dans ce cas, peut-être vaut-il mieux ne pas suivre de tels maîtres à ce moment-là. Si ce qui est enseigné est bénéfique pour les autres en toutes circonstances, alors vous pouvez suivre en toute confiance. Sinon, s’il s’agit de bienfaits seulement pour quelques-uns, ce ne sera peut-être pas trop utile.
Tous les étudiants de la FPMT devraient se rappeler la bonté qu’ont eue Lama Yéshé et Lama Zopa Rinpoché en fondant la FPMT. Au moyen des centres FPMT (projets et services), elle est non seulement bénéfique aux étudiants du Dharma sur un plan individuel mais la FPMT profite également à beaucoup d’autres personnes au travers des programmes de soins, des centres de soins palliatifs et des divers projets caritatifs qu’elle offre au monde. Sans oublier que la principale raison pour laquelle nous recevons tous ces bienfaits, c’est la bonté de Sa Sainteté le Dalaï Lama. C’est grâce à lui que nous pouvons faire l’expérience de tout cela. Bien que nous, Tibétains, n’ayons pas notre propre pays, grâce aux incroyables actions que mène Sa Sainteté et grâce à ses enseignements, c’est comme si nous avions conquis le monde. [Khadro-la rit.]
Le souhait ultime de Sa Sainteté le Dalaï Lama est d’être bénéfique à tout le monde et d’amener chacun à l’éveil suprême. C’est son souhait essentiel. A l’époque du Bouddha Shakyamouni, on prêtait peu d’attention au bouddhisme. Peut-être n’y avait-il pas de scientifiques à cette époque mais, aujourd’hui, Sa Sainteté a des échanges réguliers avec de nombreux scientifiques modernes sur le bouddhisme et la science. C’est un travail fantastique que mène Sa Sainteté. En raison des actions et de la bonté de Sa Sainteté, les scientifiques accordent pour la première fois leur attention au bouddhisme. La psychologie bouddhiste tibétaine propose une compréhension approfondie de la nature de l’esprit et de la façon dont il fonctionne. Les scientifiques modernes qui s’intéressent à ces sujets sont comme des petits bébés dans leur compréhension de l’esprit. C’est réellement impressionnant de voir à quel point le bouddhisme tibétain va loin dans son étude de l’esprit subtil. Les scientifiques en sont encore bien loin pour l’instant. Il semble donc qu’aussi longtemps que la science restera importante, la science bouddhiste et la philosophie bouddhiste continueront à échanger avec elle. Tout cela fait partie de la grande vision de Sa Sainteté.
Quand nous disons Tchom dèn dé (skt. bhagavan), nous utilisons le mot bouddhiste tibétain pour Bouddha, qui veut dire celui qui a éliminé toutes les fautes et qui a déjà accumulé toutes les bonnes qualités. Sa Sainteté le Dalaï Lama représente véritablement cela. Tout autour du monde, partout où voyage Sa Sainteté, il donne des enseignements ou des conférences sur de nombreux sujets importants. C’est vraiment difficile de trouver un tel maître. Aussi, sentons-nous très fortunés de rencontrer Sa Sainteté à notre époque et sachons également qu’il existe aussi d’autres êtres saints.
En termes de pratique, quand j’étais au Tibet, il m’est arrivé d’entendre des choses négatives comme “c’est mon école”, “je fais ainsi” ou bien “ce n’est pas mon école”. Même au tout début du bouddhisme, il y a eu de tels exemples. Mais je pratique une vue reposant sur la production dépendante comme vue ultime et selon laquelle nos actions ne doivent nuire à personne. En ne nuisant à personne, nos actions se rapprochent de celles d’un bodhisattva. Quand nous avançons dans ce sens, nous ne voyons plus les différences entre les différentes traditions. La meilleure pratique ou la meilleure école sont celles qui vous sont le plus bénéfique, vous aident le mieux à dompter votre esprit et vous rendent heureux. C’est celle-là la pratique qui vous convient, qui vous apporte le plus.

Khadro-la pendant la retraite, monastère de Nalanda, France, août 2011. Avec l’aimable autorisation du monastère de Nalanda.
C’est aussi la raison pour laquelle nous devons essayer de ne pas avoir d’attachement pour les uns, tout en gardant les autres à distance. Nous avons besoin d’équanimité. Si nous ne l’avons pas, nous ne suivons pas Tsongkhapa. Quand nous regardons avec attention les autres écoles et traditions, toutes se valent si les pratiquants obtiennent l’éveil grâce à leur pratique. Les différences viennent de l’histoire de leur développement. Le but principal est le même : pour tous les pratiquants, atteindre l’éveil. C’est pourquoi nous ne pensons pas “celle-ci est mieux” ou “celle-ci est moins bien”. Nous ne pensons jamais ainsi. Si vous pensez ainsi, vous n’êtes pas un vrai disciple de Tsongkhapa. Nous devons toujours faire de notre mieux, pour toute pratique que nous faisons. Le but principal est de réduire, et finalement éliminer, l’auto-chérissement et le Je qui saisit le soi. Si vous pratiquez réellement, vous pouvez réduire l’ignorance et la saisie. Alors, le résultat suprême sera la réalisation de la bodhicitta et la réalisation directe de la vacuité.
Il est important de toujours être attentif à vos propres fautes et de travailler à mettre fin à l’accumulation de karma négatif. Aussi, ne passez pas de temps à chercher ce que les autres font de mal. Beaucoup de gens font cela et disent : “oh, il fait ci et ça”. A la place, travaillez à toujours corriger vos propres erreurs, et puis vous pouvez rechercher les belles choses chez les autres. La nature de l’esprit est toujours pure et claire. Nous devrions comprendre que notre ignorance, notre colère, notre attachement, tout, est temporaire. Si vous comprenez bien cela, vous êtes capable de faire l’expérience de la compassion pour les autres êtres. Par notre compréhension de l’impermanence des choses, nous pouvons réaliser le renoncement, la bodhicitta et la vacuité. Si nous voyons les choses comme permanentes, il n’y a aucune chance.
Les étudiants de la FPMT connaissent l’importance et la valeur de prendre soin des autres êtres. C’est pour cela qu’ils ont de très grands objectifs et qu’ils se lancent dans de grandes entreprises et de grands projets qui amènent souvent beaucoup de problèmes. C’est la nature des choses. Cependant, nous pouvons utiliser notre sagesse et voir qu’il est possible de résoudre ces problèmes. C’est important quand nous rencontrons des problèmes de faire de notre mieux pour ne jamais penser “c’est impossible.” Si nous utilisons notre sagesse avec soin, tout est possible, nous pouvons résoudre les problèmes.
Quoi que je dise ici et quelle qu’en soit l’apparence, je ne suis pas en train de donner des conseils. C’est juste mon opinion. J’ai répondu ce que j’ai pu à vos questions ; mais c’est tout mélangé et ne sera peut-être pas utile. De mon côté, tout cela a été dit sincèrement. Il y a peut-être des mots excessifs ou des erreurs. Je tiens à dire que je suis désolée si j’ai fait des erreurs.
Plus d’infos en ligne !
Vous pouvez trouver en archive l’Entretien avec une dakini paru dans Mandala, numéro de janvier-mars 2009 et lire ce que dit Khadro-la à propos des stoupas en cours de construction sur la côte ouest des Etats-Unis en vue de réduire les dégâts d’éventuels tremblements de terre sur mandalamagazine.org
Colophon : Article de Mandala magazine, traduit de l’anglais par le Service de traduction francophone de la FPMT, septembre 2012.
Tags: français, khadro-la