Entretien avec une dakini

ENTRETIEN AVEC UNE DAKINI

Janvier – Mars 2009 

Conversation entre Khadro-la et Vén. Roger Kunsang

Khadro-la, Centro Nagarjuna Valencia, Espagne. Photo de Erwan Grey.

Vén. Roger Kunsang : Pouvez-vous me dire pourquoi vous avez quitté le Tibet ?

Khadro-la : Tout s’est passé à la dernière minute. Je n’en avais pas l’intention et je n’avais pas l’argent pour le voyage. J’ai suivi un signe qui m’est venu dans mes rêves. Il y avait un bus qui klaxonnait pour prévenir qu’il partait et je n’ai pas su où j’allais jusqu’au moment où je suis montée dans le bus. J’ai appris par les autres personnes dans le bus que nous allions à Lhassa et de là à Shigatsé. Après environ deux jours de voyage, j’ai appris qu’ils avaient aussi le projet d’aller au Mont Kailash.

Un jour, alors que nous avions fait étape dans notre voyage à Shigatsé, je faisais des circumambulations autour du monastère de Tashi Lhunpo quand je suis tombée sur un homme âgé revêtu d’un dhoti, un vêtement indien fait d’une simple pièce de tissu. Cet étranger me fit don de 2000 gormo. Il me demanda de m’asseoir à côté de lui et commença à me raconter beaucoup d’histoires sortant de l’ordinaire. Il me dit que l’Inde se trouvait juste de l’autre côté de cette montagne et que je devrais rencontrer Sa Sainteté le Dalaï Lama et beaucoup d’autres lamas. Il n’a pas cessé de me pousser à aller jusqu’en Inde ; et sur le moment cela ne m’a pas semblé étrange du tout, alors que maintenant quand j’y repense, ça me semble très étonnant.

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Entretien avec Khadro-la : Si nous utilisons notre sagesse avec soin, tout est possible

ENTRETIEN AVEC KHADRO-LA

Octobre – Décembre 2012

Khadro-la enseignant à Maitripa College, Oregon, Etats-Unis, juin 2012. Photo de Marc Sakamoto.

Par une fraîche soirée d’été à Portland, en Oregon, environ 200 personnes très enthousiastes se sont rassemblées au Maitripa College pour écouter Khadro-la donner son premier enseignement aux Etats-Unis. La pièce comble vibre de curiosité et d’impatience à l’idée d’écouter une femme lama enseigner, une occasion si rare dans le bouddhisme tibétain. Elle s’assoit sur un trône bas entouré de fleurs, Lama Zopa et Yangsi Rinpoché assis de chaque côté. Avant même qu’elle ne commence, son humilité manifeste et son rire juvénile et pétillant détendent et allègent l’atmosphère. Comme Khadro-la le dit au début de son enseignement, c’est pour la plupart des personnes présentes leur première rencontre avec elle dans cette vie. A la fin de la soirée, le sourire et la chaleur de Khadro-la ont conquis tout le monde. Quand elle sort, le public s’attarde comme pour savourer ce bien-être, tous espèrent la revoir rapidement.

“Sa Sainteté le Dalaï Lama est à l’origine du bonheur de tous les êtres” avait déclaré la veille le directeur spirituel de la FPMT, Lama Zopa Rinpoché, au cours de son enseignement au Maitripa College. “La responsabilité de Khadro-la est d’être au service de Sa Sainteté. Elle est venue du Tibet pour cela. Vous savez, sans elle, je pense que nous connaîtrions une époque très difficile.”

Rangjung Neljorma Khadro Namsel Drolma (Khadro-la) à l’Institut Lama Tzong Khapa à Pomaia, Italie, juillet 2012. Photo de Piero Sirianni.

Rangjung Neljorma Khadro Namsel Drolma est le titre officiel de Khadro-la, “Rangjung Neljorma” étant le nom que Sa Sainteté lui a donné et qui signifie “yogini naturelle spontanément manifestée”. La communauté internationale de la FPMT a fait la connaissance de Khadro-la grâce à un entretien avec Vén. Roger Kunsang, assistant de Lama Zopa Rinpoché et président-général de la FPMT, paru dans le magazine Mandala de janvier-mars 2009, intitulé Entretien avec une dakini. Dans cet entretien, Khadro-la nous fait part des incroyables difficultés qu’elle a rencontrées lorsqu’elle a quitté le Tibet et est devenue une réfugiée. Elle y raconte aussi les nombreux obstacles qu’elle a dû surmonter à son arrivée à Dharamsala, en Inde, chaque fois qu’elle essayait de rencontrer Sa Sainteté le Dalaï Lama. Depuis la parution de l’entretien de 2009, les étudiants de la FPMT ont pu voir des photos de Khadro-la avec Lama Zopa Rinpoché et Dagri Rinpoché, célébrant des poujas et visitant les sites sacrés de l’Inde et du Népal. C’est l’aide qu’elle procure à Lama Zopa Rinpoché depuis qu’il a manifesté son AVC en 2011, et aussi son rôle d’oracle pendant l’initiation de Kalachakra donnée par Sa Sainteté à Bodh Gaya, en Inde, en janvier qui l’ont fait connaître.

Jusqu’à récemment, seuls quelques centres de la FPMT avaient organisé des enseignements publics avec Khadro-la, comme le Centre Lobsang Dragpa en Malaisie ou le monastère Nalanda en France. Pour le plus grand bonheur des étudiants de la FPMT, Khadro-la a entrepris un voyage depuis Dharamsala où elle vit, faisant étape dans plusieurs centres de la côte ouest des Etats-Unis en juin 2012, avec Lama Zopa Rinpoché [voir p. 54 de l’édition anglaise]. Puis, en juillet, Khadro-la est allée en Espagne, en Italie et en Suisse et a donné des enseignements publics dans les centres de ces pays. En août, elle a conduit sa deuxième retraite au monastère Nalanda. Beaucoup d’autres centres de la FPMT l’ont invitée à enseigner et espèrent la recevoir dans le futur.

Au cours de sa visite au Bureau International de la FPMT à Portland, en juin, Khadro-la a accordé un deuxième entretien au magazine Mandala. La rédactrice en chef, Laura Miller, a invité Khadro-la à évoquer sa connexion avec Lama Zopa Rinpoché et son service auprès de lui, à donner des conseils aux pratiquantes et à partager ses idées sur le développement de la FPMT. Nous publions cet entretien avec le souhait que beaucoup se sentent inspirés par l’engagement sincère et profond de Khadro-la envers Sa Sainteté le Dalaï Lama et la diffusion du Dharma.

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La joie de l’étude : une interview de Guéshé Kelsang Wangmo

LE DHARMA ET LE MONDE MODERNE

Octobre – Décembre 2012

Guéshé Kelsang Wangmo, Manali, Inde, mai 2011

En avril 2011, Guéshé Kelsang Wangmo est entrée dans l’histoire en devenant la première femme guéshé, ouvrant aux nonnes une voie nouvelle d’accession à un haut niveau d’excellence scolastique et à des postes d’enseignement importants, toutes choses qui jusqu’à présent étaient le domaine réservé des moines. “Ce fut une grande joie de voir que le diplôme de guéshé avait été décerné à la vénérable Kelsang Wangmo. J’espère qu’elle sera très vite suivie par de nombreuses autres nonnes, dont certaines ont déjà terminé leurs études depuis des années”, déclarait tout récemment à Mandala la vénérable Kunphen, SPC au Tushita Meditation Center de Dharamsala. “C’est vraiment un grand pas en avant qui va rehausser considérablement l’estime et la valeur accordées aux nonnes.”

En juillet 2012, Guéshé Wangmo a répondu par mail aux questions de Mandala depuis chez elle à McLeod Ganj, en Inde. Notre article complet sur Guéshé Wangmo et l’émergence de la femme guéshé est paru dans le numéro imprimé de Mandala d’octobre-décembre 2012 [version en anglais].

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Le décès de Khensour Rinpoché Lama Lhoundroup Rigsel

Janvier-Mars 2012

KHENSOUR RINPOCHE LAMA LHOUNDROUP RIGSEL

Khensour Rinpoché Lama Lhoundroup Rigsel a infatigablement offert ses services afin de réaliser les souhaits de Lama Yéshé et de Lama Zopa Rinpoché durant presque 40 ans au Monastère de Kopan au Népal. Lama Lhoundroup est arrivé au Népal en 1972 sur la requête de Lama Yéshé qui lui avait simplement écrit : “J’ai quelques moines ici, pouvez-vous les instruire ? Si oui, veuillez venir, je vous prie.”  Dès lors, Lama Lhoundroup a eu un impact sur la vie de milliers d’étudiants, prenant soin des moines et des nonnes du Monastère de Kopan et aussi des étudiants du Dharma venus à Kopan du monde entier,  Singapour, Malaisie, Australie, Europe, Amérique du nord et du sud. Lama Lhoundroup a officiellement reçu le titre d’abbé du Monastère de Kopan en 2001, bien qu’il ait tenu ce rôle de façon non officielle dès le décès de Lama Yéshé en 1984. Lama Lhoundroup a démissionné de son rôle d’abbé en juillet 2011, à cause d’un cancer de l’estomac avancé, diagnostiqué en janvier 2011.

Le 7 septembre 2011, à 23h10, après une vie d’étude du Dharma, de pratique et de service altruiste auprès d’innombrables êtres, Lama Lhoundroup a cessé de respirer et est passé dans la claire lumière de la méditation. Le 9 septembre 2011, à 17 heures, le Vén. Thoubten Kunkyen a observé les signes manifestant que la conscience de Lama Lhoundroup avait quitté son corps.

(Nous sommes également honorés de partager une sélection de photos prises les jours précédant son décès et au cours des activités qui ont suivi).
 

Par Jo Hathaway

Lama Lhundroup recevant les bénédictions de Lama Zopa Rinpoché, 5 septembre 2011. Photo de Jo Hathaway.

Peu des signes habituels d’une mort imminente étaient visibles. Nous savions que Lama Lhoundroup  manifestait une grave maladie. Les résultats de l’échographie et les examens physiques montraient une évolution rapide du cancer et nous pouvions voir que les tumeurs dans son estomac avaient progressé jusqu’à la surface de la peau. Pourtant, il continuait à recevoir l’équivalent de trois repas par jour via sa sonde d’alimentation – ou “sa nouvelle bouche” comme il la surnommait –il pouvait marcher, il demeurait aussi alerte et ne se plaignait pas, comme toujours. Les signes étaient subtils. Il parlait plus souvent de l’impermanence et de la mort avec les visiteurs et ses au-revoir avaient quelque chose de définitif. Beaucoup de ses biens précieux ont été offerts. Deux semaines avant son décès, Lama Lhoundroup a demandé au Vén. Kunkyen, son intendant dévoué durant plus de 15 ans, d’organiser des poujas pour lui au Monastère de Séra, en Inde du Sud ; la date de ces poujas fut fixée au 7 septembre. La semaine précédant son décès, il annonça que le temps était venu pour lui de quitter sa chambre située au-dessus de la gompa principale pour s’installer dans son appartement de retraite au-dessus de la gompa de Tchènrézi ; il s’y installa le 4 septembre. Lors de la dernière semaine, Lama Lhoundroup commença à répondre aux questions concernant sa santé – “Comment vous sentez-vous aujourd’hui, Khensour Rinpoché ?” – avec des yeux pétillants, un large sourire et par des réponses énigmatiques comme “la sensation est la sensation” ou “la sensation n’existe pas.”

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Un père, une mère, un enseignant, un ami : L’incomparable bonté du vénéré Khènsour Rinpoché Lama Lhoundroup Rigsèl de Kopan

Tous ceux qui ont eu la chance de se rendre au monastère de Kopan au Népal au cours des 40 dernières années ont très probablement croisé le doux sourire de Khènsour Rinpoché Lama Lhoundroup Rigsèl qui a été au service du monastère de Kopan dans une grande diversité de rôles pendant presque 40 ans. Le titre d’abbé lui fut décerné en 2001 par le Bureau de Sa Sainteté le Dalaï Lama, mais il occupait cette fonction de manière non officielle depuis le décès de Lama Yéshé en 1984. En juillet, il avait renoncé à cette fonction pour raison de santé.

Dans ce numéro, Mandala a souhaité rendre hommage à l’incroyable travail de service qu’il a fourni pour préserver et diffuser le Dharma et réaliser les souhaits de Lama Yéshé et de Lama Zopa Rinpoché. Le travail infatigable et la bonté sans limite de Lama Lhoundroup, dont des milliers d’étudiants à Kopan ainsi que ses étudiants de Singapour, de Malaisie et de Hong-Kong ont bénéficié, sont une source d’inspiration pour nous tous.

Alors que nous mettons sous presse fin août, la condition physique de Lama Lhoundroup continue de s’aggraver ; il est bien malade. Vous pourrez suivre au fur et à mesure l’évolution de la situation sur mandalamagazine.org. Les nouvelles officielles de la FPMT, y compris celles concernant Lama Lhoundroup, sont aussi disponibles sur fpmt.org.

Khènsour Rinpoché Lama Lhoundroup Rigsèl, Monastère de Kopan, Népal, mars 2011. Avec l’aimable autorisation de Jo Hathaway.

Khènsour Rinpoché Lama Lhoundroup Rigsèl, connu dans le monde entier sous le nom de Lama Lhoundroup, est né au Tibet en 1941 dans une pauvre famille paysanne. Il entra au monastère de Séra petit garçon et s’enfuit en Inde en 1959, lors de l’invasion du Tibet par la Chine. À Buxa Duar, le camp de réfugiés dans le nord-est de l’Inde où de nombreux moines furent alors envoyés par le gouvernement indien, il rencontra Lama Yéshé et Lama Zopa Rinpoché et étudia auprès de grands maîtres comme Guéshé Rabten et d’autres.

En 1972, du monastère de Kopan, Lama Yéshé envoya une lettre à Lama Lhoundroup qui vivait à ce moment-là à Mysore en Inde et participait au rétablissement du monastère de Séra. La lettre disait : “J’ai quelques moines ici, peux-tu leur donner des enseignements ? Si, oui, alors s’il te plaît, viens”.

Lama Lhoundroup répondit à Lama Yeshé qu’il n’avait pas assez de connaissances pour enseigner mais qu’il serait très heureux de le voir et qu’il pourrait peut-être venir pour trois mois. L’abbé de Séra Djé dit à Lama Lhoundroup au moment de son départ : “Tu as la permission pour trois mois seulement, aussi quand tu arriveras là-bas, tu lui diras (à Lama Yeshé) que tu ne peux pas rester plus que cela ; et après tu reviendras tout de suite.”

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